Le surmenage de celles et ceux qui prennent soin : quand l’épuisement devient invisible
- Marion Castagni
- il y a 2 jours
- 2 min de lecture

Il existe une fatigue dont on parle peu. Une fatigue qu’on minimise, qu’on cache, qu’on n’ose pas reconnaître, parce qu’on la juge “illégitime”. C’est celle des personnes qui prennent soin des autres : éducateurs spécialisés, travailleurs sociaux, enseignants, parents, et tant d'autres. Pour beaucoup, cette charge émotionnelle fait partie du quotidien, vécue en silence, sans reconnaissance, parfois même avec culpabilité. Pourtant, cette fatigue est bien réelle, et elle mérite d’être entendue.
Quand on donne sans compter… jusqu’à l’épuisement
Travailler dans le soin, c’est s’engager au-delà des horaires et des cadres. On donne de son temps, de son énergie, de son attention. On ajuste sans cesse son comportement pour répondre aux besoins de l’autre, on absorbe les émotions, les angoisses, les tensions. Peu à peu cela devient une source d’usure.
Beaucoup de professionnels ou parents, compensent un manque de moyens ou de soutien institutionnel, au prix de leur équilibre psychique. La relation d’aide expose à une “fatigue de compassion” ou à un “traumatisme vicariant”. Plusieurs études montrent qu’environ un travailleur social sur deux présente des signes d’épuisement professionnel.
Cette souffrance invisible et peu reconnue
Ce qui rend cette fatigue particulièrement difficile, c’est son invisibilité sociale. Elle n’a pas de statut officiel, pas de rituels symboliques. Il y a peu d’espaces de parole ou de prévention, d’autant plus que les collègues eux-mêmes sont souvent eux aussi à bout de souffle. Le manque de reconnaissance accroît la souffrance psychologique et renforce le sentiment d’isolement.
Les conséquences sont nombreuses : épuisement émotionnel, tristesse, irritabilité, cynisme, culpabilité, troubles du sommeil ou de l’alimentation, désinvestissement progressif. Ces réactions ne sont ni des faiblesses, ni des exagérations. Elles traduisent des ressources épuisées.
Quand l’entourage est dans l'incompréhension... Un poids supplémentaire
Beaucoup rapportent l’incompréhension de leur entourage, exprimée à travers des phrases comme : “Tu savais dans quoi tu t’engageais”, “C’est ton métier, c’est normal”, ou encore, pour les parents : “Tu ne vas pas te plaindre, c’est ton enfant.” Loin d’aider, renvoient à la solitude et à la honte.
Être écouté et reconnu dans sa fatigue est un facteur de protection crucial. La reconnaissance sociale restaure le sens et allège la souffrance. À l'opposé, le déni de cette souffrance pousse à se renfermer davantage, et peut amener à douter de sa légitimité à souffrir.
Reconnaître ses limites est une forme de soin
De nouveaux espaces apparaissent : groupes de parole entre pairs, supervisions, formations, accompagnements thérapeutiques. Les Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC) contribuent à ce travail en offrant des outils concrets à appliquer : apprendre à repérer ses limites, à poser un “non” sans culpabiliser, à distinguer ce qui dépend de soi de ce qui ne dépend pas de soi.
Prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres
Nous avons collectivement besoin de reconnaître que soutenir, accompagner, éduquer, soigner sont des activités humaines profondément exigeantes. Ceux qui les exercent méritent écoute, reconnaissance et accompagnement.
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, vous pouvez retenir cela : votre fatigue est légitime. Prendre soin des autres ne doit jamais signifier s’oublier soi-même.



